garden center

décembre 3, 2009

Le jour et la nuit s’assemblent, mais la lumière ne déclinera plus et les globes ne brilleront pas davantage car une épaisse couche de neige recouvre ce paysage sans végétation apparente, hormis l’allée de jeunes platanes aux troncs luisants se prolongeant sur une seule charpentière, résultat d’une taille en cierge inconnue sous nos latitudes mais courante au sud des Balkans, particulièrement adaptée aux cimetières comme aux lieux solennels dont elle étire la majesté moins sévèrement que les ifs, tout en réduisant à presque rien la quantité de feuilles mortes en automne. La technique, compliquée, laisse supposer un horticulteur expérimenté, à la fois méticuleux et plein d’audace, mais affecté par sa vie d’exilé au point de recréer, petit-à-petit, les paysages de son enfance. Cette nostalgie qui n’exclut pas un fond de facétie, s’exprime encore plus en été, au travers de plates-bandes excentriques, à commencer par celles en demi-lune vers le perron, exclusivement tapissées de rhubarbe sauvage, une espèce relique du Rila bulgare dont il se fait envoyer des graines pour Nouvel An.

décembre 3, 2009

A la question « où vas-tu ? », il répondait invariablement « à l’explosif ! », indifférent au terrain, au climat, à la distance, enseveli dans une trajectoire tendue, dépourvue de direction, de perspective, suspendue entre brun et jaune, dans l’alignement approximatif de chablons et de balises, s’avisant de l’urgence d’incendier maintenant, avant qu’il ne soit trop tard, ce qui n’en finissait pas de s’accumuler, faute de mieux, faute de s’ouvrir pour déshabiller l’époque. Il sentit un cœur battre sous la housse, une tiédeur liquide, longtemps couvée, maintenant expirée, divisée par trois coutures, gant sur l’asphalte, se détacher par lamelles, dessinant de petites terrasses, d’un vert tendre de rizière. La promenade mystérieuse s’achevait ici, au pied de ce muret, sur une impression de déjà-vu, et dans un silence absolu, jusqu’à l’embouchure.

Aruki Maiko, either portrait or landscape 1A, 2007 Maiko Haruki 2007 courtesy of TARO NASU

(texte anonyme, Musée de la guerre, Hô-Chi-Minh-Ville)

clinamen suite

décembre 1, 2009

Mais il faudra bien trouver la force, pour se donner une chance de faire cesser l’hécatombe, pour rompre enfin le cours naturel des choses, il faudra bien renoncer à ce que nous avons de plus cher pour espérer l’emporter sur la meute des milliards d’années, pour renverser la mort.

_xXx_ alors que tu pourrais écrire, tu retiens, jusqu’à ce que la pression extrême perfore le langage et passe dehors // quitte à ne subir que des échecs // l’échec est préférable à la consolation de prétendre _xXx_

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http://remue.net/spip.php?article2999

gravure: Caroline Sagot-Duvauroux (détail)

à plat, entre deux grilles

décembre 1, 2009

On se rend difficilement compte de l’épaisseur des cloisons, trop sales, mais on oublie vite cette question une fois que la lumière faiblit, et, avec elle, l’envie de savoir si on se trouve dans une prison ou un abri. Ce qui était vide et inanimé se remplit. Puis le noir se fait, tandis que s’impose l’évidence d’une mission.

Testament numérique

décembre 1, 2009

Le propre d’un testament est de n’être motivé par aucune cause fausse, illicite ou immorale, et de n’exprimer que les vues du testataire, à un moment donné, sans prétendre à une quelconque vérité d’ordre général. Mais il est aussi le lieu d’un rite commun où chacun, qu’il soit ou non écrivain, éprouve le besoin de traduire l’inquiétude que lui inspire soudain son corps – souvent suite à un accident, à une maladie, au décès d’un proche – et d’apaiser cette inquiétude en déposant ses possessions, mais surtout sa vie, en tant que somme, dans le langage. Faire don de sa vie au langage qui est la forme aboutie de la volonté.

[…]

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http://remue.net/spip.php?article3001

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