Improvisation sur J. C. Onetti

janvier 15, 2013

a8

La saloperie. Ce matin, il a gratté à la porte du bar, un scratch de corne, du bout du bout courbe et crotté de sa corne de bouc, faut dire qu’il commence à cailler et que la grognasse qui lui mettait son avoine et sa flotte a clamsé en pleine rue, sans déconner, vous êtes là pour ça, pas vrai, pour l’histoire, pour savoir ce qui s’est passé, ben ouais, pardi, la vieille Stéphanie, un peu gitane et pute comme se doit, tout le monde la connaissait à Wallach, que voulez-vous qu’on vous dise, ça a palabré au troquet, sorti les mouchoirs et puis on a fait un trou pour la morte, le pater, basta, mais son bouc, ça, pas question de l’adopter, la vache de bestiole, pas question de se farcir le morceau de barbaque enveloppé angora, un bouc de cette taille, vous pensez, vous pourrez l’écrire dans votre article mon salaud, et puis pourquoi je vous cause, pourquoi je suis le seul à vous causer encore, hein, pas que ça à foutre depuis que Climcho a fermé boutique, on a du boulot par–dessus les oreilles chez Stfssn’s, vous imaginez la merde qu’on doit se coltiner maintenant qu’on est les seuls derniers croque-morts et pompes funèbres du compté, je devrais pas bavasser plus longtemps avec un fouille cul dans votre genre, ça va m’attirer la poisse, rien d’autre, ceci dit sans vous vexer, alors on fait comme convenu, vous me payez un coup et je vous raconte l’histoire, celle qui vous a fait débarquer par le train du matin, celle qui vous retient encore ici à point d’heure et même que si vous insistez, vous allez rater le dernier et prendre racine à perdre votre temps pour rien, à emmerder les gens, cette histoire, personne ne la connaît vraiment, elle ne vaut pas la peine d’être racontée, pas la peine à ce que j’en sais, il faut que vous vous fassiez à l’idée, vous rentrerez bredouille dans votre ville de journaleux grand poivre, rien à vous mettre sous la plume, ils vous diront, vos connards de chefs, c’est qui votre chef, c’est une greluche, je parie que oui, à la ville c’est le paddock des pouliches à cerveau, elle vous dira, machin, c’est tout ce que tu me ramènes de chez les bouseux, pourtant ça avait l’air juteux, il y avait de la matière nom de dieu, une femme qui brûle en pleine rue en plein après-midi au beau milieu de l’Amérique, une fille qui se promène avec un bouc, et wouf, combustion spontanée, tu vas pas me dire que c’est tout ce que tu me ramènes, t’es branlé, ou quoi, voilà comment elle vous mouchera le groin et elle aura raison, vous n’avez rien à foutre dans les parages mais maintenant que vous y êtes, c’est le moment de trinquer à la santé de la morte à défaut de la tringler, putain, et son bouc, vous l’auriez vu regarder sa maîtresse en train de cramer debout les bras en croix sur le carrefour, avec ses longs poils blancs qui tirebouchonnaient la crasse, vous l’auriez vu s’allonger, il était grand comme un cheval et placide comme un bœuf, putain, oui, ça avait de la gueule cette mémère qui se foutait des flammes sur elle devant son bouc, y’a pas à chier, c’était maestro. La saloperie poilue, il y en a qui disent que ce bouc n’a jamais existé, que c’était son mac ou son mec où l’âme de l’un de ceux qui se sont foutus en l’air pour ses beaux yeux à l’époque où elle avait encore un beau cul, tout ça, allez savoir se qui se passe par ici, et maintenant qu’on ne sera plus desservis façon confortable et que les macchabées vont s’accumuler dans les frigos, vous imaginez le tableau, Climcho qui met la clé sous la porte, impensable, tout à fait impensable, je vous dis pas ce qui nous pend au pif chez Stfssn’s, avec tous ces gus qui passent l’arme à gauche, et cette fille qui faisait la manche soi-disant avec un bouc devant la gare, assise sans culotte à attendre que l’un des vieux dégueulasses du village lui mette un bifton sous le pif, allez savoir pourquoi tout le monde a passé l’âge limite dans le coin, c’est comme ça et ça ne va pas s’arranger maintenant qu’il n’y a plus la Stéphanie à tringler tous ces vieux jaunes, sous les yeux jaunes du bouc, d’un beau jaune comme n’importe quel beau jaune bien jaune, que tout ces vieux cons vont se ratatiner et partir en couille avec l’hiver qui vient, je vous dis ça comme je vous dirais autre chose, l’hiver c’est la saison des bronchites et des cercueils, mais pour votre histoire, je vous conseille de voir ça avec le bouc, hein, le journaleux, les salades, ça vous connaît, mais ça ne répond pas à la question du pourquoi la Stéphanie est partie torchère hier en pleine rue sous les yeux doux de son bouc maintenant orphelin qui vient gratter aux portes et qui n’a pas fini de nous faire chier à Wallach.

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