Burton, Mitchum et aussi Truffaut, mais vraiment pour lui faire plaisir

février 27, 2011

(audio: « Love Hate » – PhilRahmy 2011)

à ma copine Hannah Baumgarten qui me demande sur Facebook si j’aime La Nuit américaine autant que La Nuit du chasseur et La Nuit de l’iguane

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Faut dire que j’en ai passé des heures en compagnie du cadavre de Richard Burton, j’ai même passé la nuit avec, tous les deux couchés l’un sur l’autre au vieux cimetière abandonné de Céligny, un patelin voisin du mien, en Suisse. On l’y a enterré discretos et tout aussi discretos Elizabeth Taylor lui rendait visite ici. Il fallait et il faut encore longer un champ de maïs, ou de colza, selon l’année, mieux vaut venir en été, on avance planqué par la nature, on est tranquille et le cimetière fait alors dans le Byron moussu, et les nuits sont fréquentables, odorantes et tout ce qu’on veut pour passer un bon moment avec le mort, l’hiver c’est autre chose avec les ornières gelées, et en fauteuil roulant tu oublies la promenade, même en béquilles je ne te raconte pas le périlleux, alors, j’y ai passé combien d’heures, avec l’iguane froid sous la terre ? je ne sais pas, on y allait tous les jours durant l’été avec les copains, picoler, fumer du shit, prendre des acides, moi, je ne me défonçais pas trop, je voulais entrer en contact avec le mort, bien sûr sans y croire, mais comme quand on s’assied chez les voyantes, pour se faire peur, pour rouler des yeux, pour sentir le froid, les copains ne tenaient pas longtemps, leur rythme les emmenait ailleurs, ça finissait par se barrer aux quatre coins de la forêt, qui avec une gonzesse, qui pour dégueuler, moi je n’avais pas de gonzesse, le handicap, ça en dégoûte plus d’une, je n’ai d’ailleurs jamais pigé comment font les mecs pour emballer, ça se regarde en coin, et dix minutes plus tard ça se galoche ventouse, ça me dépasse complètement, bref, je me retrouvais seul avec Burton et là j’avais la trouille, car on était dans le Bois du Flip, elle s’appelle comme ça, cette forêt, le Bois du Flip, parce que tu ne peux pas la traverser tout seul sans faire dans ton froc, parce que c’est dans ce bois (où je me suis d’ailleurs marié 20 ans plus tard) qu’un mec a massacré sa famille à coups de hache, au 19ème, un truc comme ça, pas si lointain, il a débité la femme et les gosses à la hache et on a dit que c’était à cause de l’absinthe, ça date de ce fait-divers, l’interdiction de la Fée verte en Suisse, et maintenant, seul avec l’Iguane dans le Bois du Flip et… je flippe à mort. Mais je tiens le coup, cramponné et ratatiné feuillu, moussu au bout de ce cimetière abandonné, aux tombes racineuses, et ça finit par passer jusqu’à ce qu’on sente l’aura du gaillard, le cadavre exhalant ses vapeurs d’Hollywood, de Lagavulin et de corps consommés, ce cadavre dont mon père était le sosie parfait, mon père Adly l’Égyptien suisse d’adoption et bonhomme pas commode, qui m’a claqué entre les pattes quand j’avais 14 ans, juste deux ans avant Burton, mon père qui avait signé des autographes à l’américaine, en riant, la tête chavirée, « Richard Burton, with Love, to Jenny, to Penny » et autres grognasses, il en avait signé je ne sais combien d’autographes Burton, je l’ai vu faire à Genève, à la terrasse des cafés quand il m’emmenait dans les Pâquis voir les putes qui le connaissaient toutes par son nom, « Salut Rahmy ! », évidemment à cet âge ce n’était pas pour baiser qu’il m’emmenait, juste histoire de me dessaler, et il signait « Burton with Love » aux touristes de passage qui le prenaient pour un autre, et aux putes qui le prenaient pour qui il était, Rahmy l’Égyptien, mais qui voulaient quand même un autographe de Marc Antoine, de Hamlet, du Chevalier des sables pour frimer devant les clients et faire grimper les prix, « coco, tu me fais reluire, mais avant toi, il y a eu Burton, tu vises la dédicace, alors allonge la monnaie, etc… », donc, dans ce cimetière abandonné, c’était le paradis, j’avais la mort paternelle sous moi, je me roulais dessus, je lisais Baudelaire et je les emmerdais, le pied total. Quant à La Nuit du chasseur, là c’est autre chose, je n’entre pas dans les détails, mais j’ai toujours su que si je n’avais pas hérité de cette merde de maladie des os de verre, je serais né Robert Mitchum, et que c’est un putain de tocard et d’usurpateur qui a hérité de cette carcasse qui me revient, merde, de droit ! sans le sperme pourri de mon père aux allures de Burton, je n’aurais pas la tronche de martien que j’ai, ce triangle de panne posé sur la pointe et coiffé d’un chapeau, mais la caisse à Mitchum et j’aurais pété la gueule à tous ceux dont j’aurais piqué la femme… mais bon, il faut faire avec ce qu’on a comme disent les couilles-molles, on fait avec, pas à tortiller du popotin, il faut bien, mais tu comprends que dans ces conditions, le Truffaut, je me marre la moindre devant le gringalet…

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