Parking Blues

juillet 22, 2010

Les carrefours boueux, envahis d’herbes folles, voisins des grands boulevards, où les ouvriers agricoles désœuvrés guettaient le bourgeois en goguette, ont été remplacés par les aires d’autoroute où tout ce qui a une bouche et un sexe vient sucer et se faire sucer, entre deux bouchées de cheeseburger, lorgnant les limousines qui s’arrêtent sous les néons. Ce sont encore les mêmes bougres qu’on croise dans le coin. Ils s’approchent des villes depuis le Moyen-âge. Assis sur une bourrique, une paille entre les dents, aujourd’hui cramponnés au volant d’un camion. Ils se consolent du bout de la queue, agrippant la chevelure oxygénée, la nuque, le buste qui leur bat les cuisses, imprimant un va-et-vient à l’amulette suspendue au rétroviseur, la Baie de Rio dans un cadre cruciforme frangé de coquillages qu’ils imaginent avoir été ramassés là-bas, comme la fille qui les pompe et qu’ils vont baiser sans capote, à dix-mille kilomètres de ce pare-brise piqué d’insectes, les yeux fermés sur une plage qui n’existe pas, se laissant porter par le blues de Johnny Cash qui court le long de leur colonne vertébrale comme sur un xylophone. ʺLovebugsʺ, punaises d’amour, c’est le nom qu’on donne à ces insectes écrasés dans le sud des États-Unis. ʺLovebugʺ, c’est venu jusqu’ici. Ou presque. Ils disent « l’ouvre-Buck », comme ouvre-boîte, manière affectueuse de parler de celles qui les font gicler. Rien ne change pour ceux qui ont la route pour demeure. Ils tournent sans entrer. Se font des appels de phares. Se foutent sur la gueule. C’est pareil.

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3 Réponses to “Parking Blues”

  1. Gabby said

    It’s a joy to find soomnee who can think like that

  2. pomparat said

    Très cher Philippe,
    un été sans autoroute, sans avion, sans mer, presque sans ciel sauf celui de Shanghaï sur la carte postale qui a nous a réjouis.
    Merci beaucoup, à quelle adresse pouvons-nous vous remercier, Tanja et toi, de l’image de votre extraordinaire voyage ?
    Catherine

    • chère Catherine, les saisons filent plus vite que nous, mais sans surprise, toujours vers l’avant – seule consolation, ce vide derrière soi qu’on peut combler au moyen des retrouvailles!

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