SAMUEL DIXNEUF
« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »
Vases Communicants. Janvier 2011. Je suis ce mois-ci heureux et flatté d’accueillir Samuel Dixneuf sur kafkaTransports, tandis que lui a la gentillesse de m’accueillir chez lui sur Lignées. On le suit “à l’ombre des blocs verticaux”, dans cette tension de langue. Encore merci pour l’échange, Samuel.
Samuel Dixneuf par lui-même:
“Né il y a 33 ans à ce que l’on en dit. N’a pas été plombier, puis chauffeur de bus, puis VRP, puis garçon boucher avant de se mettre à noircir compulsivement des carnets qu’il jetait immédiatement ensuite. Ne partage pas son temps entre l’île d’Oléron et sa garçonnière de l’East Village. Ne souhaite pas publier avant 40 ans. Recherche le temps perdu et autres activités de fin de soirée.”
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L’horizon
Living in the sprawl
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains
And there’s no end in sight
I need the darkness, someone please cut the lights
Arcade Fire, Sprawl II (mountains beyond mountains)
Zones résidentielles à l’ouest de New York City
Je suis né dans l’ombre des blocs verticaux, ou dans l’humide de leur gangue de béton ou dans la pénombre de leurs dalles souterraines.
Je ne parviens plus à sortir avant la nuit.
Qui se précipite la nuit venue, aujourd’hui, dehors, ici ?
Alors les blocs verticaux se sont rabougris et ont rejoint l’horizon.
Je suis mon ombre sur l’asphalte translucide. Le halo des réverbères accorde sa bénédiction. Je prends les tangentes.
Derrière les haies anémiques, je rampe, j’agrippe la terre grasse. Elle noircit mes mains noires de nuit. Je m’immobilise, retiens mon souffle, égrène des perles de givre et plonge dans le bain de lumière chaud qui émane des maisons.
Pendant un temps indéterminé, je guette. Je t’attends, je t’observe. Je ne pense pas. Parfois, j’imagine glisser sous tes draps de satin saturés de musc pour que tu goûtes enfin un peu de sauvagerie.
(Tu es là, dehors, ils le savent, je le sais, ils me l’ont dit, je les crois.)
Je passe, de maison en maison, de chemin en chemin, je scrute, j’épie, je vous bois, je vous mange, je vous dévore.
Un hélicoptère vibrionne, le ciel sonde les rues désertes. Je suis une anomalie, je marche, c’est suspect un marcheur, aujourd’hui on roule, on glisse, on filme sans fin la même impasse gardée d’un portail coulissant.
J’évite les patrouilles. On me retrouve dans les tâches d’ombre, les interstices.
Et, au bout de la nuit, au bout de la marche, l’horizon.
Samuel Dixneuf, 05-01-2010
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Liste des autres participants à ces premiers vases communicants de 2011:
Juliette Mezenc http://juliette.mezenc.over-blog.com/ext/http://motmaquis.net/ et Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/ce-qu-ils-disent-
Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/ et Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/
François Bon http://www.tierslivre.net/ et Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/
Martine Sonnet http://www.martinesonnet.fr/blogwp/ et Anne-Marie Emery http://pourlemeilleuretpourlelire.hautetfort.com/
Anne Savelli http://www.fenetresopenspace.blogspot.com/ et Urbain, trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/
Murièle Laborde-Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/ et Jean Prod’hom http://www.lesmarges.net/
Jérémie Szpirglas http://inacheve.net/ et Franck Queyraud http://flaneriequotidienne.wordpress.com/
Kouki Rossi http://koukistories.blogspot.com/ et Jean http://souriredureste.blogspot.com/
Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/ et Monsieuye Am Lepiq http://barbotages.blogspot.com/
Marie-Hélène Voyer http://metachroniques.blogspot.com/ et Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/
Frédérique Martin http://www.frederiquemartin.fr/ et Francesco Pittau http://maplumesurlacommode.blogspot.com/
Jean-Yves Fick http://jeanyvesfick.wordpress.com/ et Gilles Bertin http://www.lignesdevie.com/
Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/ et Benoit Vincent http://www.erohee.net/ail
Nolwenn Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/ et Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/
Isabelle Pariente-Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/ et Xavier Fisselier http://xavierfisselier.wordpress.com/
Christine Leininger http://les-embrasses.blogspot.com/ et Jean-Marc Undriener http://entrenoir.blogspot.com/
Samuel Dixneuf http://samueldixneuf.wordpress.com/ et Philippe Rahmy-Wolff http://kafkatransports.net/
Lambert Savigneux http://aloredelam.com/ et Lambert Savigneux (ben oui) http://regardorion.wordpress.com/
Catherine Désormière http://desormiere.blog.lemonde.fr/ et Dominique Hasselmann http://dh68.wordpress.com/
Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/
et
sur twitter et en 9 twits chacune, Claude Favre @angkhistrophon et Maryse Hache @marysehache (elles ont choisi de publier les deux textes chez celle qui a un blog : Maryse Hache http://www.semenoir.typepad.fr/)
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OLIVIER GUÉRY
Pour ce vase communicant de février 2010, kafkaTransports est heureux et fier d’accueillir ce texte d’Olivier Guéry, et de croiser les lignes avec soubresauts.net. Et, épaulant l’échange ponctuel, chance de cet échange, tout ce qui se construit sur internet, grâce à internet, une création littéraire qui conquiert de nouveaux territoires, tandis que les textes expérimentent de nouveaux supports et que l’écriture recombine les formes et trouve du neuf. Lire Olivier Guéry. Elrgir le cercle. kT
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Aujourd’hui son corps lui susurre sa fatigue un peu plus loin ; la lui susurre douleur, s’il faut nommer cette fatigue-là ; en son avancée lente de jours à jours, passant par d’inévitables nuits qui ajoutent à la fatigue encore ; en l’inertie occupée au lancinant creusement du corps, comme architecture à l’expansion par la négation du volume, sans en rien laisser paraître, en fourmilière dont l’aspect extérieur ne sait pas dire ce qui s’y trame sinon qu’elle grimace parfois encore au détour d’une journée trop longue ; des pieds aux mains, sans rien négliger du long trajet des unes aux autres, ni des nombreux détours et variantes qui chaque fois la surprennent, car chaque nouveau territoire de l’espace polymorphe de son corps découvert chaque jour encore, ne l’est qu’au travers de l’indicible qui y ronge une voie nouvelle où crier ; elle ne crie pas, ce serait crier sans cesse, s’épuiser un peu plus à crier. Elle connaît le prix de la fatigue. Et à crier sans cesse, que lui resterait-il pour la nouvelle douleur à venir, le 10 (dix) de l’échelle, « la pire que vous puissiez imaginer » lui dit-on, elle sourit un peu, 10 jusqu’auquel elle n’a jamais vraiment osé pousser le curseur de la réglette en plastique — se laisser cette possibilité du pire — ; docile, elle interroge quand-même la fatigue du moment pour savoir jusqu’où l’imagination pourrait créer de la douleur, sachant le matériel en strates dans ses articulations déformées sur lequel appuyer pour créer ce pire ; elle veille à oublier les événements qu’elle pourrait imaginer, même s’ils ajouteraient sans doute de quoi aller plus loin, en sus de la catégorie dite physique ; et avoir la certitude d’atteindre l’idée de l’inaccessible 10 ; pas plus possible à définir ce jour que le zéro, autre borne de l’échelle, « aucune douleur » lui dit-on, elle sourit un peu à cette idée, pas totalement mécontente d’ignorer cette limite là, ou de s’en être bâtie une autre, que d’autres ne peuvent imaginer que comme maximum ; finit par hausser les épaules, ou tout comme, ne pas trop les épaules aujourd’hui, cette intuition là que ni le curseur ni les schémas ne peuvent dire, n’hausse donc pas mais c’est l’intention qu’elle a, ce qu’elle voudrait qu’on comprenne du soubresaut ; elle sourit, pourtant surprise de cette fatigue-ci, qu’elle n’aurait précisément jamais pu imaginer, dont elle ne peut identifier l’épicentre qui couve sous la morphine sans disparaître jamais, mais que le corps lui susurre ; cette fatigue plus loin, un peu, sans non plus qu’elle puisse jamais dire à quelle échelle raccrocher ce peu, sinon l’espoir peut-être que ce subit ne soit qu’un rien, finalement, comparé à l’immensité de ce que pourrait être (10) ; car à quoi et où trouver voix pour répondre aux regards de blouse qui s’enquièrent ? Fatigue donc se dit-elle, en réponse à la question ; une nouvelle fatigue ce jour, plus loin, une triste, une lasse, une tremblante, de ce tremblement que la vaine colère ne provoque plus, ni ne doit provoquer, car la colère comme les cris ne fatigue que plus encore (elle connaît le prix de la fatigue). Fatigue fini-t-elle alors par soupirer à la blouse, fatigue qu’elle voudrait expliquer nouvelle, car fatigue de la fatigue, de la peur de la fatigue, fatigue du temps passé, du temps supplémentaire nécessaire à tout acte, de la nécessité du plus de temps que, pour l’indispensable quotidien qui ancre encore à l’existence, mais fatigue qui voudrait nier ce quotidien, le vaporiser au feu de la volonté, fatigue. Mais elle abandonne et ne va pas aussi loin en fatigue que ce qu’elle pourrait dire car répond du simple « fatiguée » qu’elle déplie si souvent en paravent d’étourdissantes explications qu’elle ne veut plus s’entendre faire. La demi-heure passée, elle s’en va, claudiquante silhouette volontaire, réclamer à la nuit quelques pans de sommeil et un repos qui ne suffira pas.
Olivier Guéry
les sites/blogs participant à ce vase communicant:
- Aedificavit et Tentatives
- Futiles et graves et Juliette Mezenc
- à chat perché et Hervé Jeanney
- Lieux et Arnaud Maïsetti
- L’employée aux écritures et Hublots
- Le blog à Luc et Enfantissages
- Koukistories et Biffures chroniques
- Soubresauts et kafkaTransports
- Pendant le week-end et Kill that Marquise
- Le Tiers Livre et Fragments, chutes et conséquences
- Scriptopolis et CultEnews
- Liminaire et Litote en tête
- Les lignes du monde et Abadôn
- Pantareï et Éric Dubois
- Les Marges et Paumée
- Lignes de vie et Epamin’


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