Avant-propos

Nous avons tous des annexes. Elles ne sont pas mineures. Ce qui s’y accumule nous fait tels que nous sommes, agrégats de segments psychologiques, moraux et politiques assemblés par notre travail et brassés par nos projets.

Quand je me demande ce qui compte le plus pour moi, je dois admettre qu’il ne s’agit pas de la littérature à laquelle je consacre portant le peu de forces que j’ai. J’ai déjà évoqué ce rapport entre les facultés physiques et l’ambition littéraire dans mes premiers livres. N’en parlons plus. Non. Ce qui compte vraiment à mes yeux est la haine que m’inspire l’abus d’autorité, et la guerre instinctive que je livre à ceux qui tirent jouissance de la domination. La nature m’ayant fait cadeau d’un corps incapable de violence, je ne suis devenu ni redresseur de torts, ni bandit de grand chemin. Je lutte avec mon âme. J’ai pratiqué un trou dans le rideau par lequel je regarde la salle emplie de spectateurs. Quand le rideau s’ouvrira, le spectacle sera à la hauteur des attentes du public. Que veut le public? Se changer les idées. Mais que cherche-t-il vraiment, par delà les distractions éphémères? Une consolation durable. Une forme complexe de reconnaissance publique, différente pour chacun, nécessairement arbitraire et capricieuse, mais portée par le sentiment commun de la justice. À l’échelle d’un peuple, ce sentiment diffus se matérialise dans la loi. À l’échelle d’un état, cette loi s’enracine dans la constitution.

Le “Cahier républicain” dont je livre ici quelques extraits témoigne de ma passion pour la justice. Arrivé au milieu de ma vie, je fais le serment de prendre l’humain pour idéal et sa liberté pour but. Les moyens pour y parvenir sont connus. Mais personne n’est, individuellement, à la hauteur de la tâche. Si j’ai de la chance, je vivrai la révolution qui mettra le régime actuel à terre. Si j’ai encore plus de chance, cette révolution se saisira des armes intellectuelles capables non seulement de renverser la tyrannie, mais de réconcilier durablement la république avec l’équité.

Qui vivra, verra.

—-

CAHIER REPUBLICAIN

[ kafkaTransports remercie le site libr-critique, et, tout particulièrement, Fabrice Thumerel, d'avoir accueilli les premiers extraits du "Cahier républicain" - les prochains javelots sont à la forge... ]

4 Réponses à “Cahier républicain”

  1. Laurent a dit

    C’est bon de lire ça. La suite est attendue, Philippe !!

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